Pourquoi nous continuons à prier le Rosaire… Version imprimable Suggérer par mail

24_02_StLeu11.jpgEn ce 3e dimanche de Carême, l'assistance d'un peu plus de 200 personnes a été gratifiée d'un beau soleil. Pour des raisons techniques, le sermon donné par M. l'abbé Toulza, rédacteur de la revue Fideliter, n'a malheureusement pas pu être enregistré. Au passage, les photos de cette messe. Par contre, nous vous proposons la lecture d'un texte intéressant. 

En tant que fidèles catholiques à la rue, nous avons une intention de prières bien précise. Mais nous ne pouvons pas ne penser qu'à notre toit. En tant que fidèles de l'Eglise catholique, la situation de notre Eglise nous préoccupe et nous voulons l'aider à retrouver sa jeunesse et son rayonnement au milieu des peuples qu'Elle doit éclairer.  

 

Lors des Journées de la Tradition, les 6 et 7 octobre derniers, Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité St-Pie X, a évoqué l'importance du Rosaire dans les temps actuels, et spécialement par rapport au motu proprio. Nous vous conseillons la lecture de cette partie très intéressante de sa conférence qui donne des perspectives de foi intéressantes pour l'avenir de l'Eglise.

 

"(…) Nous avons demandé l’année passée une croisade du rosaire pour obtenir du Bon Dieu qu’Il donne suffisamment de forces au pape et qu’il libère enfin la messe traditionnelle. Le résultat est stupéfiant. Jamais nous ne nous attendions à ce que, dans les circonstances où nous nous trouvons, le pape donne autant que ce qu’il a donné. L’essentiel se trouve dans une toute petite phrase : la messe n’a pas été abrogée.


C’est donc que cette messe traditionnelle a perduré. Elle est restée une loi de l’Eglise malgré le bouleversement liturgique qui s’est produit après le concile, changeant tout de fond en comble pour imposer un nouveau rite. Cette réforme, malgré son amplitude, malgré les affirmations d’un Paul VI insistant sur le fait que la messe de toujours était interdite, cette réforme n’a pas été capable d’enlever à l’Eglise la messe traditionnelle, c’est ce que le pape nous dit aujourd’hui. Cette messe n’a pas été abrogée, cela veut dire qu’elle est restée et qu’elle reste la loi universelle de l’Eglise.


Le motu proprio, contrairement à ce que l’on dit, ne contient pas de conditions pour la célébration de la messe tridentine. Le document lui-même, après avoir affirmé que ce rite est universel, ne peut que conclure que le prêtre a le droit de le célébrer. Il y a bien quelques conditions pratiques dues à la situation concrète dans laquelle on se trouve et qui font que le pape fixe des dispositions pour ces circonstances là. Il y a ainsi une restriction sur le dimanche, disant que l’on ne peut célébrer qu’une messe traditionnelle dans la paroisse.
Les restrictions à proprement parler on les trouve ailleurs. Elles sont dans la lettre qui accompagne le motu proprio. Il y a deux documents : le motu proprio et la lettre d’accompagnement, et évidemment les deux n’ont pas la même valeur. Ce serait faire le jeu des évêques que de considérer que les deux ont la même valeur. En effet, les évêques font tout pour bloquer, pour empêcher la mise en oeuvre de ce motu proprio. En sorte que si la situation de droit a été rétablie par l’affirmation que la messe traditionnelle est la loi universelle, la situation réelle - dans l’application pratique, par le comportement des évêques et même à cause de cette lettre d’accompagnement -, cette situation ne se distingue pratiquement pas de celle qui était faite à la messe par l’indult de 1988.


La messe de l’indult était permise, mais d’une permission limitée par des conditions. La situation présente de la messe tridentine ne change pas beaucoup dans les faits par rapport à ce qui existait auparavant, même si le droit a été réaffirmé. Mais ce droit est capital. Si l’autorité suprême maintient, garantit ce droit reconnu, nous pouvons être certains qu’à un moment – mais cela prendra beaucoup de temps, comptez au moins avec une génération ou plus – la messe traditionnelle sera rétablie concrètement. Parce que le simple fait de donner une égalité de droit aux deux messes amènera à ce que l’une supplante l’autre, car l’une ne tient pas devant l’autre. Cela prendra du temps car les évêques, les prêtres dans leur grande majorité ne sont pas disposés à prendre l’ancienne messe. Et c’est là que nous avons un rôle à jouer. Un rôle délicat.


La situation créée par ce motu proprio est délicate. Cela demande de nous beaucoup de prudence, pas d’actes inconsidérés. Ainsi n’allez pas demander à votre curé de dire la messe, pour qu’il y ait plus de messes traditionnelles. Puisque les évêques disent qu’il n’y a pas de demandes, alors allons-y ! Ne faites surtout pas cela, vous allez vous mettre dans une situation impossible. En revanche si vous connaissez un prêtre personnellement dont vous savez qu’il a un désir profond de dire la messe de toujours, alors oui, soutenez-le, invitez-le ou si vous connaissez des fidèles qui pourraient être intéressés, poussez-les, soutenez-les. Mais sans vous mettre vous-mêmes dans des situations impossibles.


Cela prendra beaucoup de temps, ne nous trompons pas. Ne pensons pas que tout est fini, que cette fois-ci tout est gagné. Nous voulons une forêt de chênes. Ce que nous avons eu c’est une semence, un gland. Il faut que ce gland pousse, et l’on aura un chêne. La forêt viendra après. Mais il est certain que si ce gland n’avait pas été planté, il n’y aurait pas de chêne par la suite, ni de forêt. C’est un premier pas, mais un pas décisif dans la bonne direction.

Dans les faits il nous faut continuer, continuer à prier. Il y a une force dans cette messe, c’est indubitable. Nous avons déjà des témoignages de prêtres qui s’approchent de l’ancienne messe, qui la célèbrent. Ces témoignages sont magnifiques. Un prêtre qui toute sa vie a célébré la nouvelle messe, tout d’un coup se trouve en contact avec la messe traditionnelle, se fait les réflexions suivantes : ce sont deux mondes, c’est tout autre chose que de célébrer tourné vers Dieu ! C’est un sacrifice ! Ce n’est plus un partage, c’est un sacrifice ! Je parle à Dieu des intérêts des âmes des fidèles ! Dans ce Saint Sacrifice je leur obtiens la grâce ! En célébrant cette messe, je comprends ce que c’est que le prêtre ! Cela ne veut pas dire qu’il n’avait aucune idée de ce qu’est le prêtre, mais il découvre une dimension du sacerdoce qui ne lui avait jamais été enseignée ni même révélée. Il se croyait président d’assemblée, et soudainement il se découvre un autre Christ, alter Christus, médiateur avec Notre Seigneur. C’est autre chose. Il en découvre petit à petit les conséquences sur la foi, sur la morale. C’est tout le monde catholique qui revient, et cela ne se fait pas en un jour.


On peut imaginer que Dieu tout d’un coup secoue le monde et qu’il le convertisse en une seconde. Il est tout puissant, Il peut le faire de la même manière qu’Il a calmé la tempête d’une seule parole. Mais lorsque nous étudions l’histoire de l’Eglise, nous constatons que ce n’est pas sa manière de faire habituelle. L’Eglise se relève lentement de ses crises. Il y a de longues périodes de mélange où l’on trouve le bon grain et l’ivraie dans le même champ. Et aux ouvriers trop zélés qui voulaient éliminer la mauvaise herbe, Notre Seigneur a dit qu’il fallait la laisser.


Gardons cet enseignement de Notre Seigneur, suivons-le dans notre situation nouvelle et difficile. Nous pouvons affirmer, mes bien chers frères, que ce motu proprio nous met dans une situation plus délicate qu’avant. C’est un fait ! Et je vous invite très fortement à persévérer dans la prière du rosaire – qui nous a déjà obtenu cette magnifique affirmation de la non-abrogation de la messe – pour obtenir tout ce que nous demandons : non pas seulement le retrait du décret d’excommunication, mais le retour de tout l’esprit de la vie catholique dans l’Eglise, de toute la doctrine, de cette cohérence avec toutes les exigences de la foi. Que cet esprit de foi anime de nouveau les autorités, les évêques, les fidèles. Bien sûr cela nous dépasse, mais cela ne dépasse pas Dieu ! Et la prière confiante obtient tout de Lui. Prière, sacrifice, pour nous, pour l’Eglise !


Je vous invite vraiment à poursuivre avec assiduité cette croisade du rosaire. L’année passée nous avions demandé trois mois de prière, cette fois-ci nous demandons tout le temps. Que ce rosaire soit une prière perpétuelle pour que Dieu abrège ces temps terribles. On ne se rend pas toujours compte de l’épreuve que traverse l’Eglise, elle est pourtant d’une profondeur, d’une gravité inouïe.


Je vous confie une autre pensée, en lien avec la Sainte Vierge et le rosaire. C’est la Russie. Nous savons qu’à Fatima Notre Dame a demandé tout particulièrement que le pape uni à tous les évêques consacre à son Coeur immaculé la Russie. Nous savons parfaitement que jusqu’ici cet acte n’a pas été posé dans le respect de toutes les conditions fixées par la Sainte Vierge. Nous savons aussi par Soeur Lucie qu’une fois cet acte posé l’effet sera radical, immédiat, comme du jour au lendemain. Là il y aura quelque chose qui ressemble à la tempête apaisée. Il faut aussi le demander.


D’une manière plus immédiate, on assiste à ce combat pour la Sainte Vierge à l’Est, un combat très concret pour la Tradition en Ukraine. Depuis quelques années, nous sommes en contact avec un groupe de prêtres de rite oriental qui se battent pour la même cause que nous. Pas pour la même messe, car ils ne connaissent pas la nouvelle messe du rite latin. Mais ils connaissent les fruits du concile. Ils voient aussi certains changements dans leur liturgie. Ces prêtres se sont adressés à nous, ils nous ont demandé notre soutien en sorte que finalement nous avons fondé pour eux une société sacerdotale assez semblable à la nôtre. 

Cela a rendu furieuses les autorités locales qui ont excommunié le supérieur et les prêtres, leur faisant subir une persécution très dure depuis plusieurs années. Mais maintenant ces prêtres ukrainiens ont un séminaire, plusieurs paroisses regroupant des dizaines de milliers de fidèles. Dans quelques jours, je vais ordonner sept nouveaux prêtres.
Aussi je confie à vos prières ce combat livré dans une terre aimée de la Très Sainte Vierge Marie, pour qu’il puisse concourir au triomphe du Coeur immaculé. Ces prêtres mènent le même combat que nous, c’est touchant, profondément émouvant de voir que dans le monde entier, même dans des rites différents, nous trouvons des âmes qui connaissent les mêmes souffrances que nous. Des âmes qui veulent être fidèles à Dieu, à ses saints, à l’Eglise et qui, dans la crise présente, continuent vaille que vaille, malgré toutes les oppositions. Et en dépit de la dureté des autorités qui essaient de démolir ce qui se fait de bien, les oeuvres croissent. Ces fidèles et leurs prêtres endurent maintenant ce que nous endurions il y a vingt ans. Ils sont même dans les flammes puisqu’on brûle leurs églises. En effet, on n’a pas hésité à incendier une église en bois du XVIIe siècle, parce qu’elle était occupée par eux.

Les orientaux ne connaissent pas le chapelet, mais en Ukraine de rite oriental on trouve la dévotion au chapelet. Et c’est à partir de l’Ukraine, juste après la chute du mur de Berlin, que s’est amorcée une reconquête de la Russie. Il y a eu un mouvement lancé par les évêques qui sortaient de la clandestinité imposée par la persécution communiste, afin d’envoyer des missionnaires en Russie, pour convertir la Russie. Qui les a arrêtés ? Qui a brisé leur élan ? C’est le Vatican ! Il y avait deux évêques qui se sont rendus à Rome pour abjurer, et ce sont les autorités romaines qui les ont rejetés et les ont renvoyés à l’orthodoxie, en Russie.

Voilà la situation de l’Eglise ! Ce n’est pas que la messe, ce n’est pas qu’un motu proprio, c’est tout un ensemble. Et c’est un combat qui continue. Alors, mes bien chers frères, tous à vos chapelets ! Aimons cette prière ; si nous ne l’aimons pas assez, demandons au Bon Dieu qu’Il nous la fasse aimer plus encore ! Cette prière qui plaît tant à Notre Dame, les papes ont invité les familles à la réciter en garantissant à ces familles une protection toute spéciale. L’Eglise accorde tous les jours une indulgence plénière aux membres de la famille qui prient ensemble le chapelet, et elle accorde également une indulgence plénière à ceux qui le récitent dans une église. On voit là une intention très claire qui nous montre l’esprit de l’Eglise. Demandons, en ce jour de la fête du rosaire, cet amour, ce zèle pour cette prière qui nous conduira à la Sainte Vierge Marie, qui nous procurera cette relation intime avec elle, avec Notre Seigneur. Le chapelet est pour nos âmes une protection, en même temps que la louange agréable au Coeur immaculé de Marie."

(extrait de Nouvelles de Chrétienté nº 108 - Novembre-décembre 2007 - www.dici.org)

 
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